par Saïda HARFI
Je pleure cette guerre qui s’éternise.
Je déplore l’indifférence qui la prolonge.
Je suis accablée par ses traumatismes collectifs.
Je la réprouve, je la dénonce.
Oui, je condamne cette guerre, car elle dévore tout, tel un brasier implacable.
Elle embrase les âmes et les réduit en cendres.
Dans son sillage sanguinaire, le silence s’invite,
tel un partenaire ignoble, tel un complice vorace.
Par sa présence toxique, il fait taire les cris.
Il repousse l’empathie, il écrase les consciences,
il efface les remords, il fait plier les volontés.
Il neutralise la pensée.
……………..
Le silence alimente la guerre.
Vous l’avez constaté, certainement.
L’inertie qui l’accompagne conforte la répression.
Vous l’avez laissée faire.
Ce statu quo contribue à asseoir sa légitimité.
Vous le savez, évidemment.
Le silence s’affirme ainsi en loi.
C’est une évidence et cela va sans dire.
Que dire encore ?
Voyez-vous cette lueur, cette espérance, cet optimisme déchirant le silence ?
Ou bien n’est-ce qu’une chimère qui nous séduit et nous dupe à la fois ?
Quand bien même le silence règnerait en maître absolu,
des témoins désarmés et des voix étouffées
s’élèvent, doucement, dans ce monde nécrosé.
……………..
Et vous, que faites-vous quand le monde choisit de se taire ?
Savez-vous que votre silence équivoque vous accuse ?
Qu’il est profondément révélateur ?
N’êtes-vous pas secoué par ce chaos absolu ?
N’êtes-vous pas horrifié de cette indifférence glaciale ?
N’êtes-vous pas épuisé de ces horreurs dantesques ?
N’êtes-vous pas terrassé par ces affrontements réguliers ?
Si votre âme s’incline et prête sa force à ma plume,
laissez ces paroles muettes vous atteindre !
Il n’y a pas plus sourd que celui qui refuse d’entendre.
Ne détournez surtout pas votre regard !
Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir.
Ouvrez donc les yeux et surtout les portes de votre cœur !
N’est-ce-pas le regard du cœur qui révèle l’essentiel ?
……………..
Bravez sans peur le confort du silence !
Permettez à la clarté du bon sens de guider votre choix !
Écoutez le désespoir de ce peuple opprimé ! Écoutez !
Il est vrai qu’il est ignoré. Il est indéniable que son cri est inaudible.
Force est de constater que sa souffrance reste sans voix.
Et pourtant, son silence est éloquent, n’est-ce-pas ?
Admettez donc l’ampleur de sa détresse qui fracasse ce silence !
N’entendez-vous pas cet appel silencieux ? L’oppression n’est-elle pas là ?
Sauriez-vous seulement l’admettre ?
Levez donc les yeux sur ces territoires occupés impunément !
Interrogez ces victimes sacrifiées violemment !
Confrontez l’arbitraire de ces frontières délimitées brutalement !
Examinez ces murs édifiés injustement !
Que racontent-ils à ceux qui savent écouter ?
Ils se dressent là muets, témoins certains d’un ordre partial.
……………..
Ce tableau ne manifeste-t-il donc pas l’horreur dans sa brutalité ?
Avez-vous seulement le courage de reconnaitre le mal qui ronge ces territoires ?
Avez-vous la force de considérer simplement ce témoignage alarmant ?
Un tel changement est-il à votre portée ?
Si tel est le cas, écoutez ce que mes mots n’ont pas fini de dire.
Écoutez attentivement ! Comment ?
Vous nous qualifiez de défenseurs de terroristes !
Vous affirmez que c’est un plaidoyer en faveur du terrorisme !
Défenseurs de terroristes ? Apologie du terrorisme ?
Bien sûr… telles sont vos accusations, monsieur !
Des mots qui pèsent, des mots qui pèsent.
Arrêtez donc, arrêtez … de nous exposer au vent cruel de vos mots !
Connaissez-vous, par ailleurs, l’écho de ce proverbe :
qui veut noyer son chien l’accuse de rage
Telle est l’épitaphe qui perce ce silence, retentissante et stimulante à la fois.
Vous dites, qu’on ne peut pas interrompre ce silence.
Bien sûr, qu’on ne peut pas, si l’on n’essaie pas.
Alors, brisons les chaines de l’oppression, car demain, demain il fera jour !
Demain, sera un autre jour.
Pour une Palestine libre et souveraine !